GILBERT POILLERAT (1902 - 1988)

«Le Fer ne demande pas à être un accessoire, c’est un ornement»


La vente des Arts Décoratifs du 20 avril aura permis d'adjuger une très jolie table à piètement en fer forgé patiné et doré terminée par huit sabots dorés et jointé en son milieu par un anneau doré,

dont le piétement est reproduit en page 242 de l'ouvrage «Gilbert Poillerat, Maître Ferronnier», texte de François Baudot, préface de Karl Lagerfeld, Editions Hazan, Paris, 2012 .


Gilbert Poillerat, décorateur-ferronnier


Né en 1902 dans le Loir-et-Cher, Gilbert Poillerat intègre les Beaux-Arts puis l’école Boulle où il étudie la ciselure et la forge. En 1921, Il rejoint les Ateliers de ferronnerie décorative d’Edgar Brandt ,comme ciseleur et peintre .


Gilbert Poillerat n'a que 19 ans mais déjà, il développe auprès du maître la passion du métal.



C'est à l’Exposition internationale des Arts décoratifs et industriels modernes de 1925 que nous le retrouvons, même s'il figure anonymement parmi les dessinateurs des pièces de Brandt ( Pavillon du Collectionneur de Ruhlmann, et Pierre Patou).

En 1927, il quitte Brandt pour l’entreprise de construction Baudet, Donon et Roussel qui vient d’ouvrir un département dédié aux éléments décoratifs en ferronnerie et c'est un an plus tard qu'il

présente au Salon d’Automne ses premières créations, d’un style néoclassique déjà affirmé et qui interpelle la critique "Ce bizarre mélange d’art, contemporain du jazz et du cocktail, répond bien aux aspirations nouvelles et complexes de notre temps. N’est-il pas remarquable d’en trouver l’expression jusque dans la ferronnerie ?" -2.


Ce style éminemment personnel, Gilbert Poillerat tendra à le simplifier vers moins d’affectation jusqu’à la fin des Années 50, il déclare aimer «le XVIIe siècle, car c’est l’époque qui animait les plus beaux ouvrages de ferronnerie : un simple balcon, une rampe d’escalier portaient la marque de l’élégance et de l’esprit français»- 3.


Pénétré de cet esprit, l’artiste conçoit des œuvres où les arabesques sont comme autant d’écritures enluminées de motifs gracieux et robustes, qui rythment l’ensemble avec un à propos rare. Gilbert Poillerat prépare chacune de ses réalisations avec méthode et rigueur, dessinant et pensant chaque pièce dans son rapport à l’espace au gré de plans quottés côté au millimètre.

Ajoutant à son œil de décorateur une rare maîtrise des techniques de la forge, il pense en forme autant qu’en volume, indiquant dans ses dessins et à destination des ouvriers ferronniers chargés de les réaliser des indications précises quant à l’épaisseur des éléments à réaliser ou la perspective à considérer dans leur assemblage.


Cette manière unique lui vaut de collaborer avec des ensembliers comme André Arbus, Jacques Adnet, ou Jean Pascaud, tout en exposant au Salon des Artistes Décorateurs ainsi qu’à de nombreuses manifestations nationales ou internationales comme l’Exposition Coloniale de 1931 ou celle des Arts et Techniques de 1937.


A côté des meubles et luminaires d’une élégance classique qu’il créé pour de riches particuliers, Gilbert Poillerat s’interroge « Trouvera-t-on jamais un style neuf et durable qui réponde vraiment au goût français ?» 4.

Afin d’y répondre, l’artiste se concentre sur des réalisations d’œuvres monumentales qui marqueront leur siècle comme les portes du Palais de Chaillot ou les grilles et luminaires du restaurant de la Tour Eiffel.


Une orientation que sa nomination comme professeur à l’Ecole Nationale des Arts Décoratifs en 1946 n’interrompt pas, Gilbert Poillerat réalisant en parallèle d’importantes commandes officielles pour l’Elysée, l’Hôtel Matignon ou la nouvelle synagogue de Strasbourg.


Dans les Années 1960 son travail évolue vers encore plus d’épure et évolue vers une utilisation croissante du bronze, afin de rencontrer au mieux les attentes de l’époque.


Gilbert Poillerat s’éteint en 1988, non sans laisser derrière lui une œuvre créative et personnelle, toute en équilibre et poésie que servent une rare perfection technique qui «ramasse toute la puissance possible, et sans lourdeur, dans les espaces les plus retreints. » 5


FD - Catalogue Vente aux enchères du 21 avril 2022

1 Gilbert Poillerat in «Images de France», n° 98, juillet 1943

2 in «Gilbert Poillerat, Ferronier», Art et Décoration, janvier 1930 page 87

3 Ibid

4 dans la revue Images de France n° 98 de Juillet 1943

5 in «Le 24 e Salon des Artistes Décorateurs», Art et Décoration, janvier 1934, page 170


Lot 235 - Gilbert POILLERAT (1902 - 1988) Table à piètement en fer forgé patiné et doré terminée par huit sabots dorés et jointé en son milieu par un anneau doré. Entretoise en étoile jointée par une toupie dorée. Plateau circulaire en travertin, H : 73 cm, D : 110 cm

Bibliographie François Baudot, «Gilbert Poillerat, Maître Ferronnier», Editions Hazan, Paris, 2012, piètement reproduit page 242. A patinated and gilded wrough iron table designed by Gilbert Poillerat, with a travertine circular plate. H : 28,74 inch, D : 43,31 inch



Lot 235 - Gilbert POILLERAT (1902 - 1988) Table à piètement en fer forgé patiné et doré terminée par huit sabots dorés et jointé en son milieu par un anneau doré. Entretoise en étoile jointée par une toupie dorée. Plateau circulaire en travertin, H : 73 cm, D : 110 cm  Bibliographie François Baudot, «Gilbert Poillerat, Maître Ferronnier», Editions Hazan, Paris, 2012, piètement reproduit page 242.
Adjugé 23 000€



Photo extraite de «Gilbert Poillerat, Maître Ferronnier», texte de François Baudot, préface de Karl Lagerfeld, Editions Hazan, Paris, 2012, piètement reproduit page 242.

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